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Et moi le matin j'efface tout

C'était une soirée au Cinéma des Carmes, à Orléans. Une soirée en 3 temps :


1 - Des comédiens lisaient des extraits du livre de Dominique BOURGON : " Un sens à la vie ".

Ce livre, ce sont " des bribes de réel et de fiction mélangées. Petites histoires arrachées au quotidien " (Cyril Mennegun) - " Une galerie de portraits et un ensemble de situations qui montrent l'univers dur de la cité " (Pieume)

2 - Puis était projeté " Le journal de Dominique " film documentaire produit par ARTE, que Cyril MENNEGUN lui a consacré.

3 - Enfin, une rencontre était organisée avec Dominique.


Et ce fut un triple choc : un texte beau et fort, un film grave et lumineux, une femme magnifique.


Tout de suite le désir naît de porter ces histoires et ces mots sur un plateau de théâtre, pour prolonger encore le désir de Dominique : " faire émerger la parole dédaignée d'êtres délaissés " (Marie Cailletet - Telerama)



Et très vite les questions arrivent : comment faire ? comment éviter tous les pièges ? le réalisme, le pathétique, le misérabilisme...

Un tel sujet peut vite amener à un traitement proche de la fiction sociale télévisuelle, et on perd alors la puissance du plateau de théâtre.

Un traitement réaliste amène fatalement à une incarnation des personnages qui ne peut que sonner faux au théâtre. Une transposition est nécessaire pour éviter de rendre petits les personnages et pauvres les situations.

Laisser naître les sentiments, les émotions, sans tomber dans la dégoulinade.

Montrer la dureté de la cité, sans être dans la banale crudité du reportage du 20h.

Tout comme Dominique trouve la transposition littéraire, il faut trouver la transposition théâtrale.


Travailler sur la forme alors, oui...sur une stylistique théâtrale, oui... mais en évitant de produire un objet théâtral beau et froid, en évitant de perdre l'humanité.



La réponse vient de Dominique, du souvenir de son visage sur l'écran de cinéma, de sa voix lors de l'échange avec le public : retrouver sur scène sa présence tranquille et attentive, son regard tendre et apaisant, sa vision aigüe des gens et des situations. Son humour aussi.


Donc : une des comédiennes sera Dominique Bourgon, celle qui observe, qui recueille, qui témoigne, celle qui est touchée, agacée, révoltée... les 2 autres comédiennes seront tous les autres personnages, quels que soient leur âge, leur sexe, leur origine. Pour éviter le réalisme, les comédiennes ne joueront pas les situations : pas de mise en scène de déplacements, pas de dialogues avec échanges de regards entre les personnages, mais, avec un regard public quasi permanent, les comédiennes s'attacheront à interpréter au plus juste le texte pour en faire ressortir les intentions, les sentiments, les émotions. Quelques rares croisements de regards, quelques rares gestes menant à un contact physique, recherchés et choisis avec précision lors des répétitions, viendront ponctuer et éclairer les relations entre les personnages.


Et toujours, la présence et le regard de Dominique...

 
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